Élisabeth Loftus Robert Rosenthal Walter Mischel Antonio Damasio Albert Bandura Martin Seligman Frans de Waal Les raisins et le concombre
Le principe de l’expérience : on demande à des singes d’effectuer une tâche et on les récompense pour cela. On donne aux uns des raisins, et aux autres des morceaux de concombre. Si dans un même groupe, tout le monde obtient du concombre, les singes sont disposés à travailler. Mais si certains seulement obtiennent du raisin, alors ils refusent de travailler. On appelle cela «l’objection des singes à la récompense inégale». Conclusion : Le sentiment de l’équité est inné (personne ne l’a appris aux singes). Une société où coexistent d’énormes inégalités est génératrice de stress…et de problèmes sociaux. Voir Frans de Waal (Pays-Bas), biologiste et primatologue, directeur du Living Links (le chaînon vivant) à l’université Emory; Les Nouveaux psys, page 16. La technique de l’enfant perdu dans un centre commercial
Le principe de l’expérience : on raconte à des adultes une série d’événements survenus durant leur enfance. Tous sont vrais, sauf une anecdote selon laquelle à 5 ans, ils se seraient perdus dans un centre commercial avant d’être recueillis. 25% des sujets se remémorent cet épisode et l’enrichissent même de détails précis sur l’apparence de la personne qui les avait aidés. Or tout cela n’était jamais arrivé. Conclusion : on peut implanter de faux souvenirs dans la mémoire de quelqu’un. Avis aux experts d’Outreau et à tous ceux qui mènent des interrogatoires et des enquêtes. Voir Élisabeth Loftus (États-Unis), professeur de psychologie à l’université de Washington, expert en psychologie judiciaire; Les Nouveaux psys, page 272. L’effet pygmalion
Le principe de l’expérience : dans une école, on fait passer des tests d’intelligence à 370 élèves. On donne ensuite aux enseignants la liste de ceux qui ont obtenu un score exceptionnel (environ 20%). En réalité, les noms ont été tirés au hasard. Ni les enfants ni les parents ne sont au courant… À la fin de l’année, les chercheurs constatent que les élèves désignés comme doués ont connu une évolution remarquable. Ils se sont réellement épanouis intellectuellement comme l’avait prophétisé le faux-test. Même leur QI a progressé. Conclusion n°1 : le succès des élèves dépend des attentes des enseignants. Conclusion n°2 : vous devenez ce que les autres attendent de vous. Voir Robert Rosenthal (États-Unis), professeur de psychologie à l’université de Harvard, Médaille d’or pour Life achievement in the Science of the American Psychological Foundation; Les Nouveaux psys, page 441. L’expérience du chamallow
Le principe de l’expérience : on laisse un enfant seul dans une pièce avec, posé sur une table, un chamallow. L’enfant peut soit manger le bonbon tout de suite, soit en avoir plusieurs, mais seulement s’il est capable de résister à la tentation. L’expérience est reproduite, avec différents enfants, en variant les paramètres : au lieu d’exposer le bonbon, on montre une photo du bonbon; on conseille à l’enfant d’imaginer que ce chamallow a mauvais goût; on promet encore plus de bonbons; on propose une attente plus ou moins longue, etc. Conclusion : La théorie classique de la personnalité, comme une entité fixe est fausse. Notre comportement varie selon les circonstances. C’est pourquoi, on ne peut pas dire d’une personne qui n’arrive pas à arrêter de fumer qu’elle «manque de volonté». On peut être volontaire et déterminé dans certaines situations et pas dans d’autres. Voir Walter Mischel (Autriche), professeur de psychologie à l’université Columbia, président de l’Association pour la Psychologie scientifique; Les Nouveaux psys, page 432. Elliott, l’homme sans émotion
Le principe de l’expérience : c’est l’histoire d’un homme qui, suite à l’ablation d’une tumeur cérébrale, se met à avoir un comportement étrange : il se lance dans des affaires hasardeuses qui le mènent à la ruine, se brouille avec sa femme, divorce, se remarie, divorce; sa vie professionnelle est catastrophique. Pourtant, tous les tests révèlent des capacités intellectuelles et cognitives intactes. Un neuropsychologue remarque néanmoins une chose : Elliott semble «détaché» de tout ce qui lui arrive. Lorsqu’on lui montre des photos de catastrophes naturelles et de guerres, il n’éprouve ni tristesse ni effroi. Il a perdu toute perception émotive. Conclusion : contrairement à ce qu’on dit souvent, les émotions ne sont pas mauvaises conseillères et nous sont indispensables pour gérer rationnellement notre vie. Voir Antonio Damasio (Portugal), psychiatre et neurologue, a reçu la Golden Brain Award (Berkeley); Les Nouveaux psys, page 342. La poupée Bobo : une expérience de psychologie sociale
Le principe de l’expérience : on répartit des enfants (entre 4 et 6 ans) en deux groupes. Le premier groupe voit un adulte agresser et frapper une grande poupée (Bobo). Le second groupe voit l’adulte jouer avec la poupée. Chacun des enfants est ensuite laissé seul dans une salle avec des jeux et la poupée Bobo. Leur comportement est filmé. On observe que les enfants du premier groupe sont beaucoup plus agressifs avec la poupée que ceux du second groupe. Conclusion : on apprend en observant et en imitant les autres. C’est ce qu’on appelle le «modelage social». Il y aura ensuite de nombreuses études à propos de l’influence des scènes de violence sur les enfants (jeux vidéo, etc.). Voir Albert Bandura (États-Unis), le troisième psychologue du xxe siècle après Freud et Skinner, seul encore en vie ; Les Nouveaux psys, page 702. Le chien résigné
Le principe de l’expérience : on prend trois groupes de chiens. Les premiers subissent de légers chocs électriques qu’ils ont la possibilité d’arrêter en appuyant avec leur museau sur une plaque. Les deuxièmes n’ont aucun moyen de faire cesser les chocs. Les troisièmes ne subissent rien. Le lendemain, on met les chiens dans une cage divisée en deux parties : dans la partie A, il y a de petites décharges dans le plancher. La partie B est un refuge serein. Les chiens du premier et du troisième groupe vont tous dans la partie B. Les chiens du deuxième groupe restent dans la partie A : ils sont résignés à subir une situation pénible. Conclusion : l’optimisme ça s’apprend, le pessimisme (et la dépression) aussi. Voir Martin Seligman (États-Unis), directeur de l’Association Internationale de psychologie positive, Les Nouveaux psys, page 728. |